L'écharpe d'Iris est la galerie en ligne du "Centre Iris de Formation à la Créativité". Vous y trouverez trace des réalisations conçues lors des séminaires de formation à la créativité - créations plastiques ou littéraires - débats d'idées sur la créativité - inspirations créatives. - témoignages de participants. N'hésitez pas à nourrir cet espace de vos propres commentaires, réflexions, témoignages, idées, afin de contribuer ensemble à l'émergence d' une intelligence collective sur le ch
Depuis quelques temps, un certain nombre de concepts semblent à la mode dans les entreprises, réseaux sociaux, territoires, colloques, conférences et articles, qui ont trait à des dynamiques participatives, collaboratives et de co-conception.
Processus d’intelligence collective, théorie U
Approches d’animation agile,
Jeux sérieux, innovation games, gamestormings
Design thinking, co-design
Hackathon ….
Théorie C-K, Triz, Asit
Que proposent ces différentes approches ?
Les approches de design thinking et de co-design revendiquent plusieurs particularités méthodologiques. Ce sont des approches :
- de conception multi-acteurs
- itératives avec des aller-retours essais/feed-backs/avancées
- en plusieurs étapes (compréhension – observation – définition – idéation – prototypage – test)
- avec l’utilisateur au centre de tout (user’s centered)
Elles mettent l’accent sur la capacités des équipes projets à rentrer dans des dynamiques de résolution de problèmes complexes, d’adaptation rapide aux changements et de conception de projets de façon collaborative et pour se faire, des petits outils d’animation à forte dimension ludique , métaphorique et pédagogique sont prônés et présentés comme « spécifiques ».
A l’origine, ce sont des marathons de développeurs qui, en l’espace de 1 à 2 jours, concourent pour concevoir des applications nouvelles en termes de NTIC.
Depuis, ce terme de Hackathon commence à sortir de cet univers pour des développeurs, pour s’ouvrir vers d’autres univers de conception et de formalisation (jeux pédagogiques, journaux, …..)
Marquée du sceau des MIT Américains, la théorie « U » se propose d’accompagner la réflexion sur l’émergence du futur en prenant en compte à la fois expériences passées, situations présentes et conscience de l'avenir. Une véritable invitation à marquer une pause, à percevoir nos automatismes, puis à les transformer et les revivifier par notre action individuelle et collective. Le « U » est un parcours en cinq étapes simples en apparence – initier, percevoir, être présent, créer, déployer – par lesquelles il s’agit d’intégrer une conscience approfondie des situations et des enjeux, de développer de nouveaux modes d’émergence des solutions possibles pour mieux « prototyper le futur», et de rénover l’approche collaborative et la conduite de projets.
Le postulat de départ de ces méthodes est que l’intelligence du groupe sera supérieure à la somme des intelligences individuelles isolées. C’est bien la rencontre d’une diversité de personnes dotées de leurs expériences, de leurs savoirs tacites et explicites qui nourrira une réflexion commune dans un cadre donné. Les démarches d’intelligence collective sont donc souvent des approches multi-acteurs, générant de la connaissance et des projets innovants grâce à une capacité à gérer la complexité systémique à partir de l’expérience intime de chacun et de sa motivation profonde – On retrouve généralement derrière ces approches des modalités d’animation telles que World café, Forum ouvert, …
Ces approches sont prisées dans les milieux à dominante technologique et scientifique, chacune avec sa spécificité : TRIZ va isoler dans le problème le nœud du paradoxe insolvable et va à partir de là , après avoir identifié les « archétypes » de résolution de ces paradoxes proches du nôtre et ayant débouché sur des résolutions brevetées , une transposition analogique nous guidera vers des solutions dans notre domaine. ASIT se propose d’identifier à l’intérieur même des composantes du problème, des transformations systématiques des données du problème et, transformation par transformation, nous invite à des multitudes de microdivergences . Enfin, la théorie C-K, Concept/Knowledge, nous invite à identifier des « concepts projecteurs » selon une approche avant tout analogique et à partir de là, à aller chercher les connaissances disponibles, en privilégiant le travail transdisciplinaire .
Alors, qu’est-ce que tout ceci a à voir avec les approches créatives ?
Et bien tout ceci , ce sont des approches créatives.
Nous retrouvons dans ces diverses approches des étapes de perception du problème ou du projet, selon une approche itérative dans un cadre méthodologique avec plusieurs phases (cf le Mnemothème développé par Iris : le DIP :
Ce processus n’est pas que cognitif : il est étayé et renforcé par des détours par l’action (protocepts, représentations plastiques, … Le client , l’utilisateur est toujours au centre grâce à l’utilisation de techniques telles que identification, analyse fonctionnelle, personna, reformulations subjectives,….
Les processus de vision partagée s’appuient également sur un ancrage dans le passé, une ouverture aux signaux faibles d’aujourd’hui, une aspiration vers ses rêves pour demain . Les techniques facilitant l’émergence et le « presencing » utilisés dans la théorie « U » sont des outils utilisés depuis si longtemps en créativité pour ouvrir à l’émergence : approches de détours créatifs analogiques, par dessin métaphoriques, représentations symboliques, théâtre-image, sculpture de corps, modalités d’écoute spécifique, …
Les démarches de design thinking , que certains font remonter à Alex Osborn, père de Brainstorming, et créateur avec Sidney Parnes, du modèle CPS Creative Problem Solving), même si bien diffusées et remises au goût du jour par l’agence de créativité Ideo dans les années 90, pourraient bien avoir été inventées dès les années 30 par l’école du Bauhaus, qui a réalisé une intégration de modalités jusqu'ici séparées: le travail de la matière et celui de la forme, l’esthétique au service de l’industrialisation, le prototypage systématique, la recherche, l'expérimentation et la réalisation ….
La mobilisation d’un état d’esprit ludique a toujours été clef dans les approches créatives : jeux d’inclusion de groupe pour créer une dynamique d’équipe propice à l’implication personnelle de chacun, jeux de chauffe de neurones afin de pouvoir solliciter des parties du cerveau peu utilisées habituellement et shunter les processus de « ball-trap d’idées », jeux métaphoriques pour leur simplicité pédagogique, jeux de pensée créative pour diagnostiquer, analyser, évaluer, prioriser, en nous faisant sortir des autoroutes de la pensée…. Depuis longtemps, beaucoup de ces techniques simples de pensée créative, à caractère ludique, sont utilisées en tant qu’excellents outils de pédagogie, de management de projets ou de management d’équipe au quotidien : le feu tricolore, l’arbre, le retour vers le futur, phil et phob, PPCO, …. sans parler des jeux cadres de Thiagi fort utilisés dans la pédagogie. Depuis longtemps, les approches créatives se sont inspirées des approches de jeux d’acteur ( cf Augusto Boal), des jeux d’écriture créative, des jeux d’expression plastique non seulement pour permettre de développer son potentiel créatif mais comme matériaux de base des approches de pensée créative appliquées.
De tous temps les professionnels de la créativité ont prôné la nécessité de privilégier des espaces hors cadre et dans un temps ramassé sous forme de résidentiel de 2 à 3 jours pour pouvoir efficacement réfléchir créativement, hors de tout contact externe nous ramenant au quotidien, afin de créer cet aspect « marathon » créatif , dans un état d’esprit de jeu et d’aventure humaine. La concentration, l ‘émulation, l’obsession propices à une productivité créative s’en trouvent renforcés et sont un gage de réussite. Les challenges créatifs créant une émulation inter-équipes autour d’un même défi créatif à relever sont souvent utilisés dans les dynamiques d’innovation participative.
Les démarches de conception créative intégrées, de recherche créatives appliquées à l’innovation autant qu’à la résolution de problèmes, sont par essence transdisciplinaires, décloisonnées, multipartenaires, multicompétences. Elles sont par essence des approches de fertilisation croisée. Les règles tant de la pensée divergente, que de la pensée convergente facilitent grandement les approches multi-acteurs ou de groupes à intérêts divergents. Des approches assez classiques telles que Metaplan, Buzz groupe, groupes 2 /4/8, manèges par étapes, Philipps 6x6 , jeux cadres de Thiagi, cercles de culture de Paulo Freire, les 6 chapeaux de de Bono, restent, au delà des modes d’aujourd’hui, de puissants outils utilisables en toutes circonstances, alors que les approches telles que World café se doivent d'être réservées à des objectifs bien particuliers, sous peine d'être vidées de leur sens et donc de leur puissance. Les modalités de convergence telles que la sélection par gommettes selon des critères préétablis permettent d’éviter les effets de halo, les dynamiques d’influence politique et facilitent des modes décisionnels plus paritaires;
Ainsi donc, sous des vocables différents, les pratiques de pensée créative , de travail collaboratif, d’intelligence collective se diffusent-elles dans des milieux différents, aux sensibilités différentes, mais partagent au final toutes un certain nombre de modalités de travail et de postures fondamentales communes :
Bien sûr, quelques futés du marketing sont en train de présenter comme nouveaux des choses existant depuis si longtemps. Je vois présentés comme nouveaux des jeux, " innovation games" que j’ai appris et pratiqués dans les années 75 ( Jeu Barnga, jeu de la Nasa, le bâton à soulever, la soupe d’œufs cassés, même parfois des outils vieux comme le monde tels que SWOT à qui l’on a rajouté quelques smileys pour les rendre plus « fun » …. Je vois des nouveaux livres sortir, rebaptisant des outils de travail collaboratif appris dans les années 85 à CPSI (Creative Problem Solving Institute). Déception donc parfois ! Colère même quand on paye cher quelques formations à des approches présentées comme des approches totalement nouvelles et limitant leurs droits d’utilisation à la nécessité de se « certifier » . Comme si un certain nombre d’entre nous n’avait jamais au l’idée d’utiliser des jeux d’enfants tels que lego, kapla, boîtes de construction diverses … pour faire animer leurs groupes de recherche d’idées.
Je me permets tout de même quelques sourires lorsque les 6 chapeaux de De Bono, pourtant un grand pape de la créativité, sont présentés non pas comme une approche de pensée créative, mais comme une approche d’intelligence collective – et de ne réserver le chapeau vert qu’à la créativité, tandis que les 5 autres chapeaux sont réservés à des modes de pensée autres : comme si la pensée critique (noir), visionnaire et opportuniste (jaune), intuitive et émotive (rouge) , globale et priorisante (bleu), observatrice ( blanc) n’étaient elles pas des modalités de pensée éminemment créatives. Ici encore, on confond imagination et créativité.
Car encore trop de gens méconnaissent l’étendue du corpus théorique et pratique des approches de pensée créative :
Au final, peu importe si quelques esprits mercantiles ou ignares utilisent d’autres dénominations pour mieux se vendre, l’important n’est-il pas de permettre à chacun d’utiliser au mieux ses talents ? sa créativité, sa motivation, pour reconnecter son plaisir à pouvoir résoudre des problèmes et construire des projets ! pour co-construire avec d’autres des projets qui ont du sens ?
L’important n’est-il pas de s’assurer de la qualité et de l’expérience des animateurs à qui vous confiez vos groupes, garantie de la qualité de la production créative qu'ils feront émerger.
Peu importe l’étiquette après tout –
Mais désormais, vous savez qu’il y a derrière chacune des ces approches de la
«creative thinking inside» .
Isabelle Jacob
www.iris-creativite.com